Rendons
à
Oui,
nos mousquetaires – que la panthéonisation
d'Alexandre Dumas vient de replacer sur le devant de la scène – sont bien
universels, mais faut-il, pour cela, qu'ils ne soient pas "gascons, ce qui
est réducteur" et faire dans la foulée des Béarnais Armand de Sillègue d'Athos d'Autevielle
(près de Sauveterre) et Isaac de Portau (de Lanne en Barétous) un "Charentais" et un
"Périgourdin", d'Henri d'Aramitz, abbé
laïque du village du même nom, aussi en Barétous, un Aspois
(la vallée voisine) et de Charles de Batz-Castelmore
"d'Artagnan" un Gersois (département artificiellement créé par
Il
me semble qu'au contraire c'est de cet enracinement historique et familial
profond en Béarn, moteur d'une Gascogne aujourd'hui arbitrairement découpée à
l'heure des grandes régions européennes, qu'ils tirent la part essentielle de
ce qui fait la force de leur image face à une mondialisation qui, elle, est
bien la première tension réductrice qui nous menace. J'ai pu le constater
fréquemment dans les questions qui m'étaient posées à l'étranger et l'intérêt
porté à notre région à travers eux. Sans sombrer dans un "localisme"
outré, générateur de stériles querelles de clocher, il paraît aujourd'hui
essentiel de réaffirmer qu'il ne peut y avoir de véritable ouverture au monde
qui ne s'appuie sur une solide connaissance – et reconnaissance – préalable et
précise de ses racines historiques. "Connais-toi toi-même" avant de
vouloir réformer le monde, disait en substance l'un de nos plus grands
penseurs, et l'un de nos plus grands monarques, Henri le Bien-Aimé,
Béarnais mais aussi Landais, par sa mère, et donc éminemment Gascon :
"Semez du Gascon, il pousse partout". C'est ce qui se faisait
autrefois chez nous, ce qui a fait notre force et
notre image, empreintes de dynamisme et d'esprit de conquête vers de nouveaux
horizons.
Peut-être
est-ce ce qu'il faudrait encore tenter d'encourager aujourd'hui en le rappelant
fortement et dignement au moment même où le sentiment identitaire commence à
reprendre quelque force dans notre Gascogne après de trop longues décennies de
dénaturation.
Jacques de Cauna,
Capbreton / Bordeaux
Membre d'honneur du Conservatoire du
Patrimoine de Gascogne