Les Abbés Laïcs

 

LEUR DEFINITION D’APRÈS MARCA

 

  Pierre de Marca, qui a produit, au XVII siècle, le plus important travail historique, actuellement connu, sur le Béarn sa province natale, a fourni une définition des abbés laïcs, ainsi conçue : “On donne le nom d’abbés laïques à ceux qui possèdent la dîme du village, s’ils ne l’ont aliénée, et la présentation a la cure. La maison de laquelle dépendent ces droits est bastie proche de l’église de la paroisse ; elle est, ordinairement, noble et deschargée de taille ”.

 

“ A ceux qui possèdent la dîme du village, s’ils ne l’ont aliénée... ”

 

  Cette rédaction ambiguë constitue un procédé commode de trancher une difficulté sans l’avoir, même exposée... Il faut tirer sur les mots, pour dégager le sens, qui, en définitive, ne paraît pas douteux : les abbés laïcs avaient, originairement, possédé la dîme, mais, certains d’entre eux l’avaient aliénée. On est bien forcé d’en déduire que, si un abbé laïc conservait cette qualité après avoir vendu la dîme, la possession de celle-ci n’était pas un élément constitutif de la qualité d’abbé laïc.

 

“ La maison est, ordinairement noble et deschargée de taille ”

 

  Le mot “noble”  ne doit pas être entendu dans le sens qu’un droit d’entrée aux Etats, conférant la noblesse, ait été, originairement, attaché à l’abbaye. Il signifie seulement qu’elle était “ deschargée de taille ”. C’est-à-dire “ franche ”.

 

L’origine des abbés laïcs

 

  Certains abbés laïcs paraissent pouvoir être assimiles a ces abbés militaires, d’autres, à ces mauvais seigneurs qui abusèrent de leur force, pour s’emparer du bien d’autrui, sans raison, ni contrepartie. Mais l’appropriation des dîmes, ou même des églises à des laïcs, n’eut pas toujours une spoliation plus ou moins injuste, pour origine. De nombreuses églises furent, en effet, construites sur la terre et aux frais des laïcs, qui, s’en trouvant ainsi, on ne peut plus civilement propriétaires, percevaient la dîme à leur profit, et nommaient le clerc desservant.

 

  Un Intendant du Béarn nous donne une indication, en affirmant, qu’antérieurement à 1567, 5 abbés, laïcs seulement, avaient entrée aux Etats, mais, qu’une lettre de cachet de Jeanne d’Albret, y ayant mandé l’abbé d’Angaïs, qui lui était dévoué, les Etals décidèrent, alors, d’accorder la même faveur aux autres abbés laïcs (29). Nous pensons qu’il s’agit d’une décision du 29 juillet 1567, aux termes de laquelle les Etats admirent, en effet, a siéger dans l’ordre de la noblesse, les abbés laïcs, qui possédaient un fief. Ceci revenait a anoblir les possesseurs d’abbayes laïques, conformément aux principes de la noblesse réelle, et la décision indique “ a contrario ”, que la noblesse ne leur était pas, originairement, acquise.

 

  La question ne semble pas, du reste, pouvoir être sérieusement discutée, puisque des abbayes laïques furent anoblies par des actes spéciaux, dont la trace, tout au moins, a été conservée. C’est ainsi qu’en 1376, l’abbaye laïque d’Aramits fut érigée en domenjeadure, par Gaston Phoebus.